Le handicap ? Ils en ont parlé et ils ont bien fait (?)
Comme d'habitude, je suis à la traîne pour parler de certaines choses, mais bon, je le fais là, maintenant, tout de suite.
En naviguant sur Internet il y a quelques mois, je suis tombé sur cette campagne intitulée "Le handicap, tous concernés" lancée au sein du Ministère de l'Education Nationale et du Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche le 18 septembre 2012.
Trois affiches ont été largement diffusées auprès des personnels travaillant pour ces ministères, dont la suivante :
"Mon handicap, j'en ai parlé et j'ai bien fait." : telle est la phrase choc qui orne chaque affiche montrant une personne en situation de handicap.
De loin, c'est génial. De près, je m'interroge.
Voici ce que dit le texte écrit en petits caractères en-dessous de la phrase choc :
"Fatima est adjointe administrative. Elle est amputée des deux membres inférieurs. Grâce à son statut, elle bénéficie aujourd'hui d'un aménagement de son poste de travail. En plus d'un confort indispensable, c'est pour elle une véritable reconnaissance de son handicap et de ses droits."
Et à la suite, on peut lire :
"Déclarer son handicap est une démarche simple et confidentielle pour bénéficier de conditions de travail adaptées."
Ne vous méprenez pas à mon propos : je trouve cette affiche bien élaborée. Elle a le mérite de dire les choses de façon claire. Ce qui me dérange, c'est l'exemple qui illustre la notion de "parler de son handicap". Dans cette affiche, l'on évoque Fatima qui a parlé de son handicap, à savoir ses jambes amputées : mais comment pouvait-elle faire autrement ?!
L'une des deux autres affiches montre Marie, professeur des Universités qui a parlé de son handicap, une hémiplégie du bras gauche suite à un accident vasculaire cérébral, et qui a poursuivi son travail dans le cadre d'un mi-temps thérapeutique : mais comment pouvait-elle ne pas parler de ce handicap ?!
Pour ma part, je pense particulièrement aux personnes dont le handicap n'est pas visible à l'oeil nu, à ces personnes qui ont parfois peur, qui doivent parfois faire des efforts pour dissimuler ce qu'elles ne voudraient pas que les autres sachent, par peur d'être estimées d'une manière moindre ou de devoir raconter leur vie alors qu'elles n'en ont pas vraiment envie...
Considérez l'affiche de Fatima autrement : si elle avait été photographiée intégralement (et non pas à partir de son buste), auriez-vous réagi de manière identique à la phrase choc "Mon handicap, j'en ai parlé et j'ai bien fait" ? Alors bien sûr, l'on pourra me rétorquer que c'est justement parce que la photo de Fatima a été prise sous un autre angle que le spectateur de cette affiche réagit avec davantage d'intérêt. Cependant, la présence du texte explicatif annihile cette représentation différentiée que l'on peut se faire de Fatima...
Pour terminer, je vous renvoie à la lecture de ce monument sociologique qu'est Stigmate, Les usages sociaux des handicaps écrit par Erving Goffman en 1963 (première traduction française en 1975) : cinquante ans après, ce livre est toujours d'actualité...
