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Le blog de ildblog

Le handicap ? Ils en ont parlé et ils ont bien fait (?)

1 Août 2013 , Rédigé par ildblog Publié dans #Humeur

Comme d'habitude, je suis à la traîne pour parler de certaines choses, mais bon, je le fais là, maintenant, tout de suite.

En naviguant sur Internet il y a quelques mois, je suis tombé sur cette campagne intitulée "Le handicap, tous concernés" lancée au sein du Ministère de l'Education Nationale et du Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche le 18 septembre 2012.

Trois affiches ont été largement diffusées auprès des personnels travaillant pour ces ministères, dont la suivante :

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Image tirée du site enseignementsup-recherche.gouv.fr

Image tirée du site enseignementsup-recherche.gouv.fr

"Mon handicap, j'en ai parlé et j'ai bien fait." : telle est la phrase choc qui orne chaque affiche montrant une personne en situation de handicap.

 

De loin, c'est génial. De près, je m'interroge.

 

Voici ce que dit le texte écrit en petits caractères en-dessous de la phrase choc :

"Fatima est adjointe administrative. Elle est amputée des deux membres inférieurs. Grâce à son statut, elle bénéficie aujourd'hui d'un aménagement de son poste de travail. En plus d'un confort indispensable, c'est pour elle une véritable reconnaissance de son handicap et de ses droits."

Et à la suite, on peut lire :

"Déclarer son handicap est une démarche simple et confidentielle pour bénéficier de conditions de travail adaptées."

 

Ne vous méprenez pas à mon propos : je trouve cette affiche bien élaborée. Elle a le mérite de dire les choses de façon claire. Ce qui me dérange, c'est l'exemple qui illustre la notion de "parler de son handicap". Dans cette affiche, l'on évoque Fatima qui a parlé de son handicap, à savoir ses jambes amputées : mais comment pouvait-elle faire autrement ?!

L'une des deux autres affiches montre Marie, professeur des Universités qui a parlé de son handicap, une hémiplégie du bras gauche suite à un accident vasculaire cérébral, et qui a poursuivi son travail dans le cadre d'un mi-temps thérapeutique : mais comment pouvait-elle ne pas parler de ce handicap ?!

 

Pour ma part, je pense particulièrement aux personnes dont le handicap n'est pas visible à l'oeil nu, à ces personnes qui ont parfois peur, qui doivent parfois faire des efforts pour dissimuler ce qu'elles ne voudraient pas que les autres sachent, par peur d'être estimées d'une manière moindre ou de devoir raconter leur vie alors qu'elles n'en ont pas vraiment envie...

 

Considérez l'affiche de Fatima autrement : si elle avait été photographiée intégralement (et non pas à partir de son buste), auriez-vous réagi de manière identique à la phrase choc "Mon handicap, j'en ai parlé et j'ai bien fait" ? Alors bien sûr, l'on pourra me rétorquer que c'est justement parce que la photo de Fatima a été prise sous un autre angle que le spectateur de cette affiche réagit avec davantage d'intérêt. Cependant, la présence du texte explicatif annihile cette représentation différentiée que l'on peut se faire de Fatima...

 

Pour terminer, je vous renvoie à la lecture de ce monument sociologique qu'est Stigmate, Les usages sociaux des handicaps écrit par Erving Goffman en 1963 (première traduction française en 1975) : cinquante ans après, ce livre est toujours d'actualité...

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T
Pour ma part part, mon handicap n'est pas visible.<br /> <br /> J'en ai parlé; le nécessaire (et même plus) aura été mis en place pour m'écarter.
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I
Bonjour Témoin1.<br /> <br /> D'abord, merci pour ce commentaire sur mon blog. Votre expérience est l'exemple malheureux d'une situation qui évolue dans le pire des sens...<br /> <br /> La loi sur le handicap a pour but d'aider et de protéger les personnes en situation de handicap. Concernant la fonction publique, la campagne d'affichage qui avait eu lieu se devait de promouvoir l'égalité de traitement et le maintien d'un fonctionnaire sur son poste, si besoin avec une aide personnelle ou matérielle.<br /> <br /> Le souci, c'est que les mentalités ne suivent pas toujours l'évolution de la société. Dans un entourage où la méfiance, la peur, la crainte (et l'hostilité ?) sont prégnantes, une personne handicapée peut se retrouver en situation précaire, et cela est encore plus vrai quand le handicap est invisible. Pourquoi ? Parce que taire son handicap est l'équivalent d'un mensonge - mensonge par omission, certes, mais mensonge quand même. Si la personne handicapée ne se dévoile pas sous son "vrai jour", elle est considérée comme suspecte ("si elle cache quelque chose, c'est que ça doit être grave"), mais cela peut aussi aller jusqu'à l'impression qu'elle se "désolidarise" du reste de son entourage professionnel ("dans une équipe, on ne se cache rien, et si cette personne cache quelque chose, c'est qu'elle ne joue pas complètement franc jeu et donc, elle ne mérite pas de faire partie de notre équipe"), ce qui est particulièrement paradoxal puisque l'objectif d'une personne handicapée "qui se cache" est justement de parvenir à obtenir pleinement son intégration au sein d'une équipe, sans que le jugement de ses collègues se puisse se résumer à son handicap. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : comment serons-nous perçus par les autres ?<br /> <br /> Il faut l'avoir vécu pour le comprendre : le changement dans l'attitude, dans le regard, dans les relations sociales, lorsqu'un handicap est révélé. C'est un drame aussi complexe qu'insidieux qui se joue dans une vie rendue déjà difficile par le vécu du handicap. Quand un être humain déploie de multiples efforts quotidiens pour vivre, simplement vivre, chaque jour (parce que son handicap lui impose une prise en charge et/ou des soins particuliers), et qu'il doit de surcroît faire bonne figure face à ses pairs en évitant tous les impairs qui pourraient l'exposer ou le mettre en situation délicate, on comprend que son existence demande un courage doublement conséquent.<br /> <br /> Et lorsque le handicap est visible et compris par les autres, la situation dramatique s'efface. l'intégration peut s'opérer plus logiquement. L'exemple "classique" du fauteuil roulant le prouve - attention ! je ne dis pas que les personnes en fauteuil roulant ont une vie plus facile que les autres ou qu'elles sont constamment aidées dans leur vie quotidienne, je dis que l'absence de dissimulation de leur situation de handicap chuinte la question souvent douloureuse de son invisibilité, puisqu'il ne l'est justement pas.<br /> <br /> En conclusion, je crois que ce dont notre monde a besoin en termes de compréhension du handicap n'est pas seulement de la solidarité, mais aussi (et surtout) davantage d'empathie. Un handicap est comme une valise plus ou moins grosse qu'une personne peut porter avec elle (voire traîner derrière elle dans les cas les plus difficiles), et pour les non handicapés, ce qui doit importer avant tout, ce n'est pas le contenu de la valise, mais l'aide qu'il est possible d'apporter à la personne pour l'aider à faire face à ce poids supplémentaire...
B
Merci Dom pour cet article. J'ai dû croiser ces affiches sans vraiment m'arrêter devant. Très bien visé quand tu parles de ces personnes &quot;dont le handicap n'est pas visible à l'oeil nu.&quot;
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